Zineb Chetite, la petite domestique de 11 ans maltraitée

Mardi, 13 octobre 2009, 16:48 | Categorie : Droit marocain, Libertés et droits de l'homme
Tags : , ,

Pour connaître l’histoire désolante de la petite Zineb Che(t)tite, il suffit de taper son nom sur un moteur de recherche pour tomber sur une multitude de références où l’on raconte son périple et où l’on exprime tout le mépris que l’on peut avoir envers ses tortionnaires.

Beaucoup de liens évoquent maintenant l’histoire de la petite Zineb Chettite, qui a subi un martyr pendant deux semaines au domicile d’un magistrat et de sa femme qui lui ont fait subir des traitements inhumains, l’employant à leur domicile comme domestique.

Cette histoire s’est déroulée à Oujda, où le père de cette enfant originaire de Taza prétend l’avoir confiée à un couple (un magistrat et se famme) pour sa scolarisation.

La petite fille était employée comme domestique et a subi, pendant les deux semaines qu’elle a passées chez ses employeurs, des traitements inhumains (brûlures et coups couvrant tout son corps, jusqu’aux parties intimes).

Elle a pu s’enfuir et s’est fait hospitalisée pour guérir les blessures qui la couvraient de la tête aux pieds.

La médiatisation de cette affaire est une bonne occasion pour rappeler ce que tout le monde sait ,tout en feignant de l’ignorer, à savoir les conditions de travail des enfants en tant que domestiques dans les foyers marocains.

Nombreuses sont les fillettes qui ont subi un sort similaire à celui de Zineb, sans parfois pourvoir un jour y échapper. Certaines se sont enfuies, d’autres y vivent en acceptant leur destin, tandis que les moins chanceuses y ont laissé la vie.

Le travail des enfants est interdit au Maroc, comme dans les pays signataires de la Convention des droits de l’enfant de 1959. Le Maroc est également partie à la Convention de l’Organisation Internationale du Travail numéro 138 de 1973 relative à l’âge minimum de travail, qui fixe ce dernier à 15 ans.

Pour se conformer aux dispositions de cette convention, le Maroc a relevé l’âge minimum d’admission au travail de 12 à 15 ans par la réforme du 11 septembre 2003.

L’infraction à cet article est punie de 25.000 à 30.000 Dh d’amende, seule la récidive permettant un emprisonnement de 6 jours à 3 mois.

Une réglementation, réduite au stricte minimum, existe donc, le problème du travail domestique étant son ambiguïté, puisqu’après sa reconnaissance par le code du travail, le fameuse réforme mettant en place un statut pour le travailleur domestique n’a pas encore vu le jour.

Il en résulte plusieurs difficultés dans l’appréhension du travail domestique des enfants. Le problème majeur est celui de la détection de ces enfants.

Malgré les statistiques très approximatives et éloignées de la réalité, il est difficile de savoir si un enfant travaille en tant que domestique. La déclaration des enfants à la naissance connaît encore des défaillances (malgré la peine appliquée si l’enfant n’est pas déclaré). Si ce dernier est confié à une personne pour travailler à son domicile, il est d’abord difficile de savoir si l’enfant y travaille effectivement ou si, comme cela est souvent avancé, s’il y est seulement hébergé ” en raison des faibles moyens des parents ” ou ” pour son éducation “.

L’absence de généralisation de la scolarisation des enfants et d’aides étatiques permettant aux parents d’avoir les moyens de se priver d’un revenu supplémentaire dissuade ces dernier de contribuer à l’éradication de ce phénomène.

La réglementation qu’il faut entreprendre de mettre en place ne doit pas seulement viser l’interdiction du travail des enfants, interdiction déjà en vigueur, mais également un cadre strict de contrôle.

C’est bien beau qu’une loi vienne prévoir des sanctions spécifiques pour l’emploi de domestiques de moins de 15 ans, mais c’est insuffisant pour que la répression soit effective et cela ne permet pas de prévenir de telles situations.

La politique de lutte contre le travail des enfants mineurs est une politique globale, qui comprend le contrôle des naissances, la scolarisation obligatoire, les aides aux parents à faible revenu, une campagne de sensibilisation pour prévenir des risques de l’emploi de mineurs et pour sensibiliser les gens à la cause des enfants pour les convaincre de ne pas les employer.

Sans oublier l’impunité dont peut jouir l’employeur pour X raisons et qui a entraîné une maltraitance restée impunie de nombreuses petites filles.

N’oublions pas que ce phénomène est mondial. D’autres pays, même développés, connaissent de pareilles situations, mais dont la prévention reste plus effective en raison des moyens matériels et juridiques qui sont mis en oeuvre.

Mémoire de recherche sur le travail des enfants domestiques au Maroc

Tags: , ,

Articles relatifs :

2 commentaires for “Zineb Chetite, la petite domestique de 11 ans maltraitée”

  1. 1Matringe

    Bonjour, merci pour votre article, mais pensez-vous qu’en France, les moyens matériels et juridiques soient suffisants? Je dis cela parce que la France a été me semble-t-il condamnée par la CEDH parce que la sanction prévue pour ce qu’il est convenu d’appeler l’esclavage moderne était ridiculement faible.
    Et y a t’il réellement un contrôle sur les diplomates qui importent en France leur petite bonne?

  2. 2zineb

    @Martinge:
    C’est notamment cela que je visais lorsque j’ai dit qu’il ne fallait pas croire que ce phénomène est propre au Maroc ou à d’autres pays en voie de développement.
    Les histoires de diplomates qui ramènent des domestiques d’autres pays et les exploitent sont très courantes. Certaines sont payées une misère (par exp en France, une jeune fille était payée 300 euros le mois et n’avait droit ni à une limitation de ses heures de travail ni à des jours de repos. Elle travaillait donc non stop, du lever au coucher et même les week-end), voire pas payées du tout.
    Une affaire avait surpris encore plus, à savoir celle de la secrétaire du Bureau International du Travail (l’organisme censé veiller à la protection des travailleurs et lutter contre l’exploitation des enfants) employait et exploitait une mineure comme domestique.
    Ce que j’ai soulevé est plutôt le caractère plus limité d’un tel phénomène, qui s’importe plutôt qu’il ne trouve racine en France. Un travail très important a été fait sur les droits des enfants qui bénéficient d’un certain nombre de structures et de réglementations qui les protègent de l’asservissement.
    Je suis néanmoins d’accord sur le fait qu’à trop se cantonner dans les termes d’un loi insuffisante, les juges laissent subsister en tout conscience de tels phénomènes, puisque dans le cadre d’un vide juridique, ils s’accrochent à des qualifications dont les sanctions sont moins sévères qu’elles ne devraient l’être.

Laisser un commentaire