Cette tête nous appartient !!! Les curiosités du patrimoine français

La tête momifiée d’un guerrier maori fait partie des pièces de la collection du musée d’histoire naturelle de Rouen. Ayant conscience de l’importance de cet “objet” pour les tribus maori, la mairie de Rouen a pris la décision de le restituer à la Nouvelle-Zélande pour leur permettre de lui offrir une sépulture digne de tout être humain.

Malheureusement, C. Albanel, la ministre de la culture n’est pas tout à fait de cet avis. Elle a fait saisir le tribunal administratif de Rouen en référé pour empêcher ce transfert scandaleux d’un élément clé du patrimoine  de la “nation” française en prononçant la suspension de la décision du conseil municipal.

Son vœu a été exaucé, puisque la mairie de Rouen n’a pas pris la peine de consulter la commission scientifique chargée de décider du déplacement des objets appartenant aux collections nationales. Il est normal de vouloir se rappeler d’un passé colonial où les têtes de guerriers étaient coupée et conservées comme trophées. C’est comme lorsqu’on chasse des animaux sauvage et qu’on garde leurs têtes comme trophées.

On peut comprendre la bêtise au moment même, puisque la tête a été déposée à Rouen en 1875. Mais comment comprendre que c’est dans les gênes et que ce gêne de l’admiration devant la tête de quelque chose en se demandant si c’est plus un homme qu’un animal ou le contraire se transmet à travers les générations ?

La France parle de repentir ! Pourquoi ne pas parler de redonner aux gens leur dignité, même post mortem. Il s’agit aussi aujourd’hui de la dignité de cette tribu qui voudrait voir revenir cette tête, quelles qu’en soient les raisons.

Malheureusement, tout cet arsenal juridique sur les droits de l’homme, sa dignité , l’inaliénabilité du corps humain et les lois de bioéthique dont la France est si fière en leur servira a rien, puisqu’il faut d’abord pouvoir qualifier l’objet en question pour y appliquer une loi.

Le tribunal administratif l’a fait, le 27 décembre 2007, en appliquant le code du patrimoine, articles L 451-3 et L 451-5, le qualifiant ainsi de bien faisant partie des collections du musée de France.

Pas la peine alors d’essayer de réclamer les autres têtes de guerrier bien cachées dans les archives des musées français, ni d’essayer de savoir le sort qui leur est réservé, puisque la nation française refuse de s’en séparer, alors que le peuple français n’est pas forcément au courant de leur existence.

La démarche de la mairie de Rouen s’appuyait sur le précédent de restitution de la dépouille de Vénus Hottentote, alias Saartjie Baartman, réclamée par l’Afrique du Sud.

Prise comme esclave en 1810 par un marin anglais, pour être exhibée à Londres, en raison de son physique peu ordinaire pour les européens, elle s’est retrouvée en France suite à une organisation anti-esclavagiste qui avait mis fin à sa pérsence en Grande-Bretagne.

L’absence, ou l’inactivité, des organisations anti-esclavagistes en France a permit de l’amener à Paris pour “l’exposer”. Le Musée national d’histoire naturelle a gardé un moulage de son corps, ainsi que son squelette, qui ont été exposés jusqu’en 1976.

La France a rendu la dépouille à l’Afrique du Sud. Est-ce par respect pour sa dignité ou l’on-t-ils condidéré comme un corps humain ? Personnellement j’en doute, mais je vous laisse vous en convaincre :

29 janvier 2002, lors des débats pour l’adoption par le Sénat des conclusions de la commission des affaires culturelles :

“La conclusion tirée par le Gouvernement de cette interprétation que je qualifierai d’audacieuse n’est pas, au demeurant, dénuée d’ambiguïté, puisque celui-ci considère que l’incorporation de telles pièces dans les collections nationales n’est aucunement illégale « dès lors qu’elle est scientifiquement motivée ». Cette précision est à l’évidence destinée à prévenir les demandes de restitution qui, si elles se multipliaient, mettraient en péril l’intégrité des collections. En tout état de cause, elle ne s’oppose pas, en l’espèce, à ce que le squelette de Saartjie Baartman sorte des collections du Muséum, même si l’on voit mal, étant donné qu’il n’appartiendrait ni à l’Etat français ni à l’Etat sud-africain, comment le premier pourrait le restituer au second.
L’absence d’intérêt scientifique de cette pièce est aujourd’hui patente. On peut même, sans trop s’avancer, dire qu’elle n’en a jamais eu.
Les observations effectuées à la mort de Saartjie Baartman, au-delà de leur caractère « raciste », pour reprendre l’expression utilisée par l’actuel directeur du laboratoire d’anthropologie biologique du Muséum, n’ont conduit à aucune conclusion scientifique, et pour cause : le squelette de Saartjie Baartman ne se distingue en rien de celui de n’importe quel autre individu de sexe féminin. Aucune de ses caractéristiques ne justifie sa présence dans les collections du Muséum. On voit mal, dans ces conditions, comment cette pièce pourrait ressortir « aux travaux sur la vie et la culture du peuple San » que le Gouvernement a estimé souhaitable de conduire en collaboration avec des scientifiques sud-africains.” ………………….

“Toutefois, compte tenu des atermoiements du Gouvernement et des bévues déjà accumulées par les différentes administrations concernées, la commission a estimé qu’elle était fondée à intervenir pour mettre fin à une affaire qui n’a que trop duré. Nous ne pouvons pas une nouvelle fois, comme cela a été le cas jusqu’ici, remettre au lendemain l’examen de cette question, à laquelle la dignité nous commande de répondre.
Pour cette raison, la commission a considéré comme nécessaire à la fois de sortir des collections du Muséum national d’histoire naturelle les restes de Saartjie Baartman et de prévoir leur transfert à la République d’Afrique du Sud.”

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